lundi 13 août 2007

Rédemption

La pluie dansant froidement sur le toit gris,
Réveille le triste cœur de sa détresse.
Alors que le passant se hâte vers son logis,
Elle ouvre la fenêtre pour qu’entre l’averse.

Un vent glacé emmêle ses cheveux dorés
Et porte son âme vers un autre ailleurs.
Soudain regrettant son passé oublié,
Elle se forge un futur dans ses anciennes peurs.

La nuit glissant sur ses joues pâles, se noie.
La pluie s’éloigne avec l’ultime lueur du jour,
Abandonnant, lavé des souvenirs d’autrefois,
Le cœur croyant de nouveau à l’amour.

Le Lilas

Par un beau matin de mai,
Dans les rues tu marchais,
Lorsque tes yeux se posèrent
Sur cet être de lumière.

Du fond de ce grand jardin,
Emanait son doux parfum ;
Et tu étais figée
Devant ce mauve de toute beauté.

Par le soleil aveuglé,
Ton regard tu as détourné,
Et lorsque tu t’es rapprochée,
Tu as vu cet arbre tomber.

Nous la connaissions peu,
Elle combattait la maladie depuis toujours,
Si j’avais su cela un jour,
Je l’aurais regardée mieux.

Evidemment le lilas dans le bel âge
N’avait pas chu,
Et déjà au coin de la rue
Tu oubliais ce mirage.

Le soir où on annonçait son décès,
Tu revis l’image
De cet arbre couché,
Et tu compris le présage.

Nous ne la connaissions pas.
Elle est partie pour de bon.
Mais nous ne pensons qu’au lilas,
Lorsque nous entendons son prénom.
A la mémoire de Paulette, souviens-toi Marie.

Sans titre

Un couloir, une foule. Ici ou ailleurs, maintenant ou jamais.
Un couloir, une foule tourmentée par le vent qui souffle dehors.
Il est tôt.
Un couloir, une foule qui s'amasse.
Elle avance.
Un couloir, une foule anonyme et deux silhouettes familières.
Elle s'approche.
Bonjour.
Deux silhouettes qui conversent.
Elle intervient.
Bonjour.
Elle parle.
Attention de l'une, ignorance butée de l'autre.
Un couloir, une foule. Deux bras obstinément croisés sur une veste marron.
Des cheveux blonds pris dans une barrette.
Deux silhouettes dans un couloir, ici ou ailleurs, maintenant ou jamais.
Attention de l'une, ignorance butée de l'autre.
Un regard bleu qui évite son regard.
Un couloir et au milieu du bruit de la foule : une sonnerie.
IL est tôt.
Elle s'en va.
De toute façon elle n'existe plus.
Que faire face à l'absence d'un regard dans lequel on n'existe pas ?
A Marie

Le café du coin

Ces gens que l’on ne voit
Qu’une seule fois
Devant un café
Au café du coin,
Ces gens que l’on ne voit
Qu’une seule fois,
Penseront-ils un jour
A nous par hasard ?
Et quand ils seront vieux,
Ces gens que l’on ne voit
Qu’une seule fois
Auront-ils de la mémoire
Pour avoir une pensée
Vers celle rencontrée
Autour d’un café
Au café du port
Du théâtre ou du coin ?

[ Et toi l’ami, dis-moi
Qu’es-tu devenu ?
Es-tu toujours si têtu ?
Penses-tu encore parfois
A cette fille réservée
Qui souriait, souriait
Et qui traversait
Loin du passage protégé
Devant le café,
Le café du port,
De paris, du commerce
Du théâtre ou du coin….]

Le Matin du monde

Bonjour le monde !
Comment tournes-tu ce matin ?
As-tu changé ta ronde ?
Mon très cher monde,
J’ai rêvé de toi cette nuit
Et tu étais tout autre le monde.
Un peu comme un monde nouveau
Tout clinquant et gai
Qui sortirait du coiffeur
Dans un très beau complet
Que t’aurait fait mon tailleur.
Comment le monde ?
Les rêves restent des rêves
Et le monde, le monde ?
Alors à demain matin.

Moment de rue 1

Cette fille, on ne voit qu’elle.
Dans la rue, dans le ciel,
On se doit de la regarder.
A son pas une fleur naît.

C’est comme si tout était facile,
Tout à porté de ses mains.
Mais son jeu est habile,
On voit ce que l’on veut bien.

Cette fille, elle est bien belle.
De la rue, vers le ciel,
Elle marche sans hésiter
Vers un destin tout tracé.

Elle ne peut être qu’heureuse,
Personne n’ose imaginer
Qu’elle n’est qu’une rêveuse
Voulant seulement s’échapper.

Moment de rue 2

Elle passait
Chaque jour midi et soir.
Elle passait
Sans toujours le voir.

Il attendait
Le cœur plein d’espoir.
Il attendait
Pour l’apercevoir.

Elle jouait
En lançant ce regard.
Elle jouait
A lui faire croire.

Il aime
Cette belle inconnue.
Il aime
Cet instant convenu.

Il attendait
Un matin de plus.
Il attendait
Elle n’est pas parue.

Il espère
La revoir un jour.
Il espère
Toujours et toujours.

Moment de rue 3

Lorsque mon âme n’est plus qu’une ombre
Et quand chaque pas est une épreuve,
Je trouve pourtant encore les preuves
Que la vie n’est pas si sombre.

C’est le regard du passant que je croise,
C’est ce nourrisson qui me sourit,
C’est le chat qui d’une fenêtre me toise,
C’est le jeune homme qui me trouve jolie.

C’est la vieille dame qui me demande l’heure,
C’est celui qui siffle une ritournelle,
C’est la phrase dite par le chauffeur,
C’est l’avion qui traverse le ciel.

C’est le facteur sur son vélo,
C’est la fillette qui mange du pain,
C’est l’ouvrier qui tape au marteau,
C’est le linge qui sèche au loin.

Même si mon âme n’est plus qu’une ombre,
Que continuer reste une épreuve,
Il y aura toujours ces preuves
Qui rendront ma vie moins sombre.

Il a tout perdu

Malgré ce temps passé,
Il l’aime sa vieille amie.
Mais elle est partie
Sans même l’embrasser.

Elle devait revenir.
Alors quand il a appris
Il n’a pas bien comprit
Et ce fut de pire en pire.

L’ombre de son aimée
Plane encore dans le foyer.
Chaque objet porte son parfum.
Elle commençait ce livre en vain.

Il est si triste et esseulé.
Maudissant ces hommes de science
Il ne dort plus dans cette absence.
Et il va vers le passant se révolter.

Quand je le vois remonter la rue
Et qu’il ne répond pas à mon appel,
Je réalise qu’en plus d’elle
Il a tout perdu.

Le petit Bébé

Il est mort.
Il est mort
Le petit bébé,
Il est mort.

Il est né.
Il est né sans le réaliser
A l’aube d’un matin d’été
Alors que personne ne l’attendait.

Il est mort.
Il est mort
Le petit bébé
Il est mort.

Il est mort quand le jour s’est levé.
Sa vie fut brève
Mais on l’a beaucoup aimé.
Comme a un beau rêve,
A la vie il s’était accroché.

Il avait une grande volonté
Le petit bébé.

A présent il est mort.
Mais on n’oubliera jamais
Que le petit bébé
Fut quelqu’un de très fort.

Il est mort.

Les enfants de ma ville

Où sont-ils, où sont-ils, les enfants de ma ville
Qui couraient à travers rue
Réveillant de leurs éclats de rire
Les adultes créant leur avenir ?

Où sont-ils, où sont-ils ces enfants de ma ville
Qui chantaient tous en chœur
Ces comptines de nos cours goudronnées ?

Où sont-ils ces enfants du bonheur
Qui dessinaient à la craie
Des marelles éphémères
Sur les trottoirs humides de ma ville ?
Où sont-ils ?

Où êtes vous mes amis du passé ?
Regardez ce que nous sommes devenus !
Nous qui courions à travers rue
Sans ne jamais chuter !

Si comme moi, un soir sombre et tranquille,
Vous croyez entendre nos rires sous les pavés,
C’est que les pierres ne peuvent oublier
Les enfants heureux de la ville.

Notre amitié


Par un soir sans nuages,
J'irai à travers champs;
Frôler vos doux visages
Pour redevenir enfant.

Toute la nuit, je volerai
Pour me retrouver dans vos sourires
Et pour voir vos yeux briller
Avec innocence et sans avenir.

Je n'aurai que notre amitié
Pour m'oublier un peu;
Et dans une ronde passionnée,
Jusqu'à l'aube, nous danserons joyeux.

Par la tranquillité de ce matin clair,
Je m'éveillerai à vos côtés,
Heureuse de respirer votre air
Et de vous avoir pour toujours retrouvés.

Les vieilles gens

N’oubliez jamais
Quand vous verrez ces vieilles gens
Marchant courbés
Chemin faisant,

N’oubliez jamais
Quand vous riez.

N’oubliez jamais
Que ces personnes au lourd pensum
Ont quelque grave histoire
En leur mémoire.

N’oubliez jamais
Quand en les croisant
Vous riez doucement
Qu’ils ont été comme vous,
Qu’ils vous ont donné vie
Et que vous serez comme eux.

N’oubliez jamais
Quand vous les croiserez
De les regarder.

N’oubliez jamais.

Crépuscule

Moment magique, où avec légèreté,
Le jour cède sa place à la nuit.
Le ciel se teinte de couleurs sucrées,
Avant qu'un bleu profond balaye l'infini.

C'est le jour qui se meurt
Offrant le dernier souffle d'une douce lueur,
Alors qu'arrive la belle à l'éclat pâle,
Que jalousent chacune des étoiles.

O belle Séléné sacrée !
Du haut de cet océan obscur,
Veille sur nos âmes ensommeillées,
Avant que le jour, d'autres tourments n'augure.