mercredi 8 août 2007

La Chambre

J’ai une chambre de petite fille
Où les peluches se maquillent
Derrière des fleurs de papier
Prêtes toujours à s’envoler.

J’ai une chambre de petite fille
Aux murs d’éventails et de brindilles
Qui veillent sur un petit lit bleu
Cachant les monstres et serpents vicieux.

J’ai une chambre de petite fille
Au sol jonché de milliers de billes
Qui ensorcèlent les figurines
Immobiles dans leur vitrine.

J’ai une chambre de petite fille
Qui quand la pleine lune brille
Voit s’évaporer dans l’air du temps
Toutes les années d’une grande enfant.
(13/10/04)

Le Jardin

Sur le rebord de la fenêtre,
Au bord du monde fou,
Tout est si simplement doux,
Ma vie, les gens, mon être.

Et en bas, sous mes pieds,
Le jardin me regarde rêver.
Au loin, la ville ronronne
Mais les oiseaux
Chantent plus haut
Que tous ces bruits qui bourdonnent.

Sur le rebord de la fenêtre,
Au bord du monde fou,
Je m’étire au soleil maître
Tel le chat sur la chaude pierre.

Parfois une mouette passe en riant
Et le jardin me surprend oubliant.
Sur l’herbe tendre et verte
Je nous vois encore pourtant,
Courant, tournant et chantant,
Tombant et roulant en criant
Parmi les boutons d’or et pissenlits.
Mon frère ! comme nous avons grandit !

Le jardin est toujours le même
Et le camélias déjà fleurit.
La petite fille encore s’y promène
Mais ne fait plus de petits bouquets
Les myosotis, primevères et pâquerettes
Ne servent plus à la dînette
Et le rouge des fraises des bois pâlit
Au pied des belles jonquilles.

Sur le rebord de la fenêtre
Au bord du monde fou,
Tout est si simplement doux
Ma vie, les gens, mon être…

Marie


Marie, si tu vas mal
Rentre au pays Marie.
La mer lèche toujours
Les falaises et les joues
Et par son écume rend
Par jour de grand vent
Le blanc de tes rêves d’enfant.

Marie, si tu vas mal
Rentre au pays Marie.
Le froid sévit toujours.
Même s’il pique les joues
Gèle les tourments
Et sur nos vastes champs
Argente nos rires d’antan.

Marie, si tu vas mal,
Rentre au pays Marie.
Moi qui y vis toujours
J’ai moins de rose aux joues
Je suis moins sage qu’avant
Mais l’amour résiste au temps
Et je suis au pays, je t’attends.


A Kaf

Fleur d'été

Entre deux pages
D’un livre épais
Demeurait sage
Une fleur d’été.

Fleur oubliée
Toute écrasée
Au poids des mots
Une fleur de peau.

Une fleur fanée
Un peu ridée
Garde pourtant
Parfum d’antan.

Entre deux pages
D’un cœur épais
Demeurait sage
Une fleur d’été.

Vague à l'âme

Cher ange,
Il y a comme du macadam
Le long du vague à l’âme.
Les feuilles mortes virevoltent
Mélange de couleurs automnales,
De goudron usé au voyage estival.

Il faut partir et ainsi mourir
Un peu plus chaque jour
Sans l’amour de ma mer,
Loin de tes grandes ailes
Sincères comme le blanc de l’écume
S’éclatant en perles sur le rocher
Rappelle toi l’été dernier…

Je divague tant la route est dure,
Aussi dure contre mon cœur
Abandonné las au port.

Cher ange,
La lame y a la vague facile
Mais garde au grand dame la larme.

Aussi étrange que cela semble,
Je laisse mes armes au macadam
Le temps que la feuille retrouve l’arbre…

Il y a comme du vague à l’âme
Le long de cette longue attente.

Mektoub


Tête et corps vers le plafond blanc,
Regard fixe n’observant rien,
Brouillé par une eau salée d’Orient,
Par la lumière du soleil tunisien.

Il pleut dehors en plein mois de juillet.
L’été se cache dans un coin du cœur,
Sa chaleur égoïste a déserté,
Pour ne faire vivre qu’une fleur.

Tête et corps vers le plafond blanc,
Regard fixe n’observant rien,
Sec comme la terre de Kairouan
Mais l’âme est déjà partie loin.

Elle danse contre les arcs outrepassés,
Se rafraîchit à l’oasis de Tozeur
Puis se repose devant un verre de thé
Et erre dans les souks qui lui font peur.

Elle cherche le soleil d’Orient
Sous les étoffes des marchands de tapis,
A dos de chameau nonchalant,
Dans toutes les grottes de Chenini.

Réveil brutal sur le plafond blanc
Où un bref voyage tunisien
Avait peint un soleil couchant
Un certain jour d’un troublant destin.

Antigone

La petite Antigone, si frêle et si pâle
A surpris le monde encore endormi,
Celui qui ne pensait pas à autrui,
Ce monde engourdi sous son mystérieux châle.

Tout n’était qu’espoir le long de son chemin.
Elle se mit pieds nus pour ne pas déranger
Le sommeil d’un monde qui ne l’attendait point,
Ce monde fatigué du bruit des cités.

Tout n’était que pureté : odeurs fleuries,
Léger murmure des feuilles, fraîche rosée,
Douce gorgée de cet air trop honni…
O merveilleux trésors de ce monde caché !

Antigone pensait être la dernière éveillée
Car le jour n’était pas encore apparu.
Mais elle était la première levée,
La première à savoir qu’elle ne serait plus.

L'Appel

La jeune fille des planches,
Son pull sur les hanches,
Appuyée sur la barre,
Même par brouillard,
Pense.

Je l’ai vue le matin,
Puis revue le soir,
Le regard lointain,
Ne faisant que croire.

La jeune fille des planches,
Me semblait si blanche
Face aux embruns fous
Qui mouillaient ses joues.

Je la croyais irréelle
Tant elle était belle,
La jeune fille des planches,
Au pull sur les hanches.

Je l’ai vue un matin
Se pencher vers l’appel.
Je l’ai revue le lendemain,
Cette fois bien irréelle.

Et encore chaque jour,
Elle vient sur les planches,
Vouée à l’attente, toujours
Illusion si blanche.

La jeune fille des planches
Pense…

Hommage aux victimes cherbourgeoises de Karachi

La nouvelle est tombée foudroyante,
Le 8 mai n’est plus jour de victoire
Mais de douleur et de mort choquante.
J’attendais les images pour le croire.

Les familles dans l’attente avaient peur
Pour un fils, un époux là-bas
Dans ce pays qui n’est pas le leur
Mais auquel ils ont prêté leurs bras.

On nous a alors donné les noms.
Une femme à terre hurlant de désespoir,
A ce coup du sort répétait « Non ! »
Et la ville entière s’est drapée de noir.

Mais moi aussi j’ai tant de peine
Car nous sommes tous enfants de la mer.
Alors mettons les drapeaux en berne
Puis rendons hommage à ces frères.

Ce matin nous fermons nos portes
Laissant notre souffrance sur le seuil,
Aujourd’hui notre ville est morte,
Aujourd’hui notre ville est en deuil.

Je ne vois que ça


Je ferme les yeux et je ne vois que ça.
Un océan calme sur un ciel si bleu ;
J’y vogue inlassablement et j’y bois ;
Mes mots coulent sous l’encre de sept lieux.

Ton regard si clair et je ne vois que ça.
Un paradis s’ouvre, aveugle je m’y perds ;
Ne baisse pas les yeux non ne referme pas ;
Oublions nous encore dans cette lumière.

Je ferme les yeux et je ne vois que ça.
Les tiens posés dans un sourire
Et ce bleu infini dans lequel je me noie
C’est ce qui me reste en réalisant le pire…


A Paul

Secret de survie

J’entends le chant des grillons d’Espagne,
Qui un soir lourd d’été accompagne
L’odeur enivrante du jasmin
Parfumant ma peau jusqu’au matin.

Le son cuivré des cloches retentit
Et résonne en moi comme un long cri,
Rappelant ma triste solitude
Leitmotiv de ce pénible prélude.

J’entends au loin la corne de brume
Qui à bon port rallume
Le bruit de la vague rassurant
Et le rayon frais aveuglant.

Le son cuivré des cloches retentit
Et résonne en moi comme un long cri,
Rappelant ma triste solitude
Leitmotiv de ce pénible prélude.

Mais quand le silence s’impose dehors,
Je songe à ces jeunes cœurs qui encore
Répètent toujours la même chanson
Parce qu’ils peuvent sortir des prisons.

Je laisse brûler

Moi, je laisse brûler.
Je ne sais où je serai demain,
Je cherche, je cherche en vain,
Je ne fais que passer.

Je laisse brûler.
Je veux l’encens et la myhre
Sans soucis et avec le sourire.
Je veux m’y retrouver.

Moi je laisse brûler.
La peur me quitte.
J’y serai très vite,
Sans même m’arrêter.

Je laisse brûler.
Mets tes pas dans les miens
Si tu acceptes ce destin,
Je ne sais où je finirai.

Moi je laisse brûler
Dans un souffle, un murmure
Le long, le long des murs
Ces odeurs épicées.

Moi je laisse brûler.
Je laisse brûler.
Laisse brûler.
Brûler.

Du Ciel et de la Terre

Je suis du ciel et de la terre.

Mon sang est une sève
Aussi salée que l’eau de mer.
Mes pieds s’enfoncent dans la grève,
Mon âme vole dans les airs

Je suis du ciel et de la terre.

Flottant toujours entre deux eaux
C’est le soleil que je préfère
Pour trouver un peu de repos.

Je suis du ciel et de la terre.

La nuit apaise mon cœur
Ma voix s’éteint dans le désert
Quand dans la neige naissent mes fleurs.

Je suis du ciel et de la terre.
Et même devenue poussière,
Je resterai du ciel et de la terre.

Mon éternelle Idole


Avec votre peau de pierre glacée et blanche,
Prenant une pose pour l’éternité,
Vous semblez nous observer,
Nous, pantins de chair, poings sur les hanches,
Errant dans nos vies vides, épars et inutiles,
Sans but et sans efforts sur des jambes fragiles.

Et en silence, votre cœur de marbre rit,
Sans que se dessine sur vos lèvres muettes
Quelque moue pétrie d’ironie.
Et vous savez qu’en vous, nos délires se reflètent.
Vous semblez nous jauger de votre œil fixe et dur,
Vous, spectres livides, fantômes blêmes,
Héros de bronze ou anges purs,
Vous qui peuplez nos salles froides que j’aime.

Et j’aurais tant voulu quand même
Etre née des mains de Rodin,
Etre quelque Danaïde en son jardin,
Pour voir mon corps prisonnier de la pierre
Et laisser une part de moi sur cette terre.